Royan
Depuis la Révolution, la commune était chef-lieu de canton et faisait partie de l'arrondissement de Rochefort. Par décret du 13 juillet 1973, le canton de Royan est divisé en deux cantons : Royan-Ouest (comprenant six communes et une partie de Royan) et Royan-Est (une commune et l'autre partie de Royan). En 1793, la population s'élevait à 2219 habitants, 6649 en 1946. Aujourd'hui, elle est de 17.102. La commune (1929 hectares) se trouve à l'entrée de l'estuaire de la Gironde. Cet estuaire est le plus grand d'Europe et le seul qui soit resté naturel.
La région est formée d'un plateau de calcaire crétacé. Ce calcaire s'est déposé il y a 140 à 150 millions d'années. La formation du sol de Royan est contemporaine des dinosaures. À l'ère tertiaire, il y a 60 à 65 millions d'années, la surrection des Pyrénées et des Alpes a froissé ces couches de calcaire. Ce qui explique la formation de l'estuaire et des falaises entaillées de conches sur la rive Nord. Dans le périmètre de la commune, cinq conches ourlent le littoral, dont la plus vaste, la Grande Conche déploie sa courbe sur près de 2600 m . Vers 6000 av. J-C, ces conches vont être tapissées de sable extrêmement fin (180 microns) qui va isoler des marais, Pontaillac, Pousseau, Belmont.
Le site de Royan fut occupé dès la préhistoire. Des fouilles ont mis à jour des silex taillés. Les Celtes commencent à mettre en valeur la Presqu'île. Mais ce sont les Romains qui vont développer la culture de la vigne, l'élevage des huîtres et la technique des marais salants. En 418, les Wisigoths paraissent devant Saintes. Pour la première fois, un vieux cartulaire fait mention de Royan qui s'entoure de palissades en 419. L'été 844, les Vikings remontent la Gironde, pillant tout sur leur passage. Il est certain que Royan dût subir leurs outrages.
Deux architectures qui cohabitent
Le front-de-mer
Lorsqu'au début du XI e siècle, un calme précaire revient, la presqu'île d'Arvert va lentement renaître sous l'impulsion de petites seigneuries locales et d'abbayes. C'est ainsi que naît la châtellenie de Royan. Entre 1050 et 1075, le Prieuré de Saint-Vivien de Saintes construit sur le plateau, à deux kilomètres du bourg, le prieuré de Saint-Pierre qui va fixer un petit hameau. En 1092, l'Abbaye de la Grande Sauve installe le prieuré de Saint-Nicolas, non loin du bourg. Celui-ci se trouve sur le rocher de Foncillon, en bordure de mer. Accolé au bourg, un petit château protège le fond de la Grande Conche qui sert de port. En cette fin du XI e siècle, l'activité portuaire est déjà importante. Les nombreuses gabares qui empruntent l'estuaire font escale à Royan dans l'attente de courants ou de vents favorables. Le seigneur de Didonne, maître des lieux, en profite pour faire payer une taxe à tout bateau s'arrêtant au pied du fort.
En 1137, Aliénor d'Aquitaine épouse le roi de France, Louis VII. Royan, partie intégrante du duché d'Aquitaine, passe sous contrôle direct du roi de France. Mais, en 1152, Aliénor divorce et épouse Henri Plantagenet qui devient roi d'Angleterre en 1154. Royan passe dans la mouvance anglaise. Le roi d'Angleterre fait consolider les défenses du bourg. On protège la citadelle par de solides murailles et on construit un donjon. Les seigneurs de Royan codifient les différentes taxes payées par les navires depuis le XIè siècle. C'est en 1232 qu'il est fait mention, pour la première fois, de cette codification connue sous le nom de “Coutume de Royan” . C'est à Royan que le roi d'Angleterre, Henri III débarque, le 20 mai 1242 avec 300 chevaliers. Il est en guerre contre le roi de France, Louis IX (Saint Louis). Bien que battus, les Anglais conservent, par le traité de Paris, le contrôle du Sud de la Saintonge, dont Royan.
En 1355, pendant la guerre de Cent Ans, le Prince Noir, héritier du trône d'Angleterre, occupe la Saintonge. Il renforce les défenses de Royan qui devient un gros bourg administré par douze échevins et douze conseillers. A la fin de cette guerre, en 1451, la région de Royan est en ruines, mais définitivement française. En 1458, Marie de Valois, fille aînée de Charles VII et d'Agnès Sorel épouse Olivier de Coëtivy. Elle apporte en dot, 12.000 écus et les châtellenies de Royan et de Mornac. En 1501 Charles de La Trémoille par son mariage avec Louise de Coëtivy, devient baron de Royan. Au XVIè siècle, pendant les guerres de Religion, presque tous les grands capitaines de l'époque guerroient sous les murs de la citadelle. Parmi eux, Henri de Navarre, le futur Henri IV, le sire de Brantôme qui deviendra prieur de Saint-Pierre de Royan.
En 1592, Henri IV érige la ville en marquisat au bénéfice de Gilbert de la Trémoille.
Au début du XVIIè siècle, le duc d'Epernon estimera :
C'est une des meilleures places pour sa grandeur qui fut en France !
L'église Saint-Pierre
Notre-Dame de Royan
Depuis l'Edit de Nantes, Royan est une place forte protestante. Sous Henri III, la forteresse subira deux sièges, l'un en 1622 dirigé par Louis XIII, l'autre en 1623. La citadelle est abandonnée. C'est Richelieu qui, vers 1630, fera raser les remparts et les maisons du bourg. Pendant plus de cent ans, la ville réduite à un faux-bourg restera traumatisée par ce drame. Sous la Révolution, Royan fait l'apprentissage de la démocratie. Dès février 1790, on élit un Conseil municipal et la ville devient chef-lieu de canton. La terreur est à peine sensible, peu de notables sont inquiétés. Sous l'Empire, Royan devient un centre de convalescence pour les soldats de la Grande Armée. Aussi, des auberges s'ouvrent . Les habitants prennent l'habitude de louer des chambres.
Lorsque vers 1816, se développe la vogue des bains de mer, Royan, grâce à ses plages, à son climat, va séduire les premiers estivants . Grâce à son expérience de “ville d'accueil”, est apte à recevoir ces vacanciers en majorité bordelais. Dès 1819, mais surtout, à partir de l'été 1821, un service régulier Bordeaux-Royan est assuré par les premiers bateaux à vapeur à roues à aubes. En juillet 1819, le maire, Monsieur de Labarthe, signe la première ordonnance réglementant les bains de mer. On aménage les plages. En 1820, il est interdit de “laver les cochons, les chevaux et autres bestiaux, à la mer au moment où l'on prend les bains”. C'est en 1847 que l'ingénieur Lessore construit l'ébauche du premier casino.
Sous le Second Empire, la ville connaît un essor prodigieux. Entre 1850 et 1870, le nombre d'estivants passe de 9000 à 17.000, la population de 3329 à 4500 habitants. Royan devient une grande station balnéaire régionale. Elle se modernise: commerce, casino réputé, grands cafés dont le “Café des bains”. L'arrivée, le 28 août 1875, du premier train venant de Paris va donner une tout autre dimension à la station. En l'espace de vingt ans, de 1875 à 1895, la ville devient une des stations les plus luxueuses de la côte océane. Le “Tout Paris” s'y donne rendez-vous et sa renommée dépasse largement nos frontières.
À partir de 1885, les nouveaux lotissements du Parc et de Pontaillac se couvrent de somptueuses villas. En 1885, on inaugure un nouveau casino qui domine la plage de Foncillon. Il est l'oeuvre de l'architecte bordelais Alfred Duprat. Dix ans plus tard, on demande à l'architecte parisien G.Redon de construire, en bordure de la Grande Conche,un autre casino. On lui conseille de “laisser libre cours à son imagination et de ne lésiner ni sur l'espace, ni sur les proportions” . C'est ainsi qu'il réalise le plus grand casino de France. Il est inauguré en août 1895.
Après la guerre de 1914-1918, l'activité balnéaire reprend. En 1922, la Municipalité obtient le classement de la ville comme “Station climatique d'été”. En 1939, Royan qui compte plus de 12.000 habitants reçoit près de 200.000 touristes. Sa réputation est telle que le poète Robert Desnos n'hésite pas à la prendre comme thème d'une de ses comptines: « Une sardine de Royan Nageait dans l'eau de la Gironde, Le ciel est grand, la terre est ronde, J'irai me baigner à Royan. Avec la sardine, Avec la Gironde, Vive la marine! Et salut au monde! ».
La villa Kosiki
La villa Tanagra
Septembre 1939 : c'est le début de la Seconde guerre mondiale. Après l'armistice de 1940, Royan se trouve en zone occupée et intégrée aux défenses du Mur de l'Atlantique . Pendant l'été 1944, se constitue la Poche de Royan . Le 5 janvier 1945, 300 bombardiers anglais déversent plus de 1600 tonnes de bombes sur le centre-ville. Le coeur de la ville, de la gare à Foncillon, est détruit, le port inutilisable, les plages déchiquetées, les casinos en ruines. Tout ce qui a fait le renom de la station balnéaire n'existe plus. Après la guerre, les destructions sont telles que Royan servira, avec d'autres villes “de laboratoire de recherche sur l'urbanisme”. Le projet d'aménagement présenté par l'urbaniste Claude Ferret est accepté en août 1947 .
L'architecture de la reconstruction se veut révolutionnaire, nourrie de l'esthétisme moderne et influencé par le cubisme et par les enseignements de l'école allemande du Bauhaus. L'emploi de nouvelles structures en béton armé permet de dégager de nouveaux volumes d'habitation ouverts à l'air et à la lumière. Ce qui domine, ce sont les grandes lignes droites, les volumes “cubiques” adoucis par des surfaces ou des lignes courbes. C'est le parallélisme et la symétrie des immeubles du Boulevard Briand. Tout privilégie un dégagement vers la mer alors que vers l'intérieur, la perspective est fermée par le marché. Les travaux durent une dizaine d'années. Au début des années 60, la reconstruction est presque terminée. Tel un phoenix, la ville renaît de ses cendres, mieux ordonnée, plus rigoureuse, agréable à l'oeil, surtout plus fonctionnelle tout en étant d'une esthétique révolutionnaire. Aujourd'hui, près de 200.000 touristes fréquentent la station pendant la saison. Aussi, la ville dispose d'un potentiel d'hébergement important, d'un port de plaisance de près de mille places, d'écoles de voile.
Petit panorama architectural (Dans les quartiers du Parc et de Pontaillac, il existe, encore, de nombreuses villas balnéaires construites entre 1890 et 1930)
- L'église Saint-Pierre (inscrite aux MH depuis 1928) : c'est le seul monument ancien de la ville. L'abside a été remplacée au XIII e siècle par un chevet plat. Le clocher carré date de cette même époque. La façade romane a été détruite lors des guerres de Religion. Très endommagée pendant les bombardements de 1945, elle a été restaurée pendant la reconstruction de la ville.
- L'église Notre-Dame (1958) : architecte Guillaume Gillet, ingénieur Bernard Lafaille et René Sarger. C'est un chef-d'oeuvre de l'architecture contemporaine, classé Monument Historique en 1988. Longue de 45 mètres, son toit en “selle de cheval” a une épaisseur de 10 cm. La voûte parabolique atteint 36 m. aux extrémités, 28 m. au centre. Le clocher effilé s'élève à 60 m. de haut. Il est surmonté d'une croix de 6 m. L'orgue est un “grand seize pieds” construit par Boisseau en étain martelé. Il possède 47 jeux, soit plus de 3500 tuyaux. Plus d'information sur www.notre-dame-royan.com.
- Le Temple (1956) : architectes Hébrard, Baraton et Bauhain. Pureté et sobriété des lignes. Les éléments architecturaux s'ordonnent autour d'un parvis délimité par un portique d'où surgit un campanile effilé.
- L'église du Parc (1952) : aucun pilier au milieu de la nef. La structure est soutenue par de grands contreforts intérieurs, semi-elliptiques en béton et intégrés aux parois. Au-dessus du portail, un immense tympan en céramique représente l'Assomption.
- Le marché (1955) : architectes Louis Simon et André Morisseau, ingénieur René Sarger. C'est une coque ronde en voile de béton de 8 cm d'épaisseur. Elle repose sur treize points d'appui périphériques sans aucun pilier intérieur. Le diamètre est de 52,40 m, la hauteur, au centre, de 10,50 m.
- Le Palais des Congrès (1957) : architecte Claude Ferret. Géométrie cubique adoucie par le mouvement oblique d'escaliers extérieurs et la subtile imbrication de parois convexes internes. Largement ouvert sur l'estuaire de la Gironde. Agrandissement ultérieur sur les jardins sous forme d'un cube transparent.
Personnages emblématiques de la cité
- Pierre du Gua, ou Dugua, sieur de Mons, né au milieu du XVIe siècle au château de Mons, à Royan . Dans une déclaration de 1596, il jure qu'il est de religion réformée. En 1598, il vend tous ses biens à Royan, réalise la dot de sa femme et investit le tout dans des entreprises commerciales. En 1603, par lettre patente, Henri IV le nomme “Lieutenant général en Amérique septentrionale”. Il organise, en 1604 une expédition au Canada. Il est accompagné par Samuel Champlain. Au mois d'août 1605, dans l'île Sainte-Croix, il bâtit les premières maisons de Port-Royal. Trois ans plus tard, il sera l'instigateur de la vaste entreprise dirigée par Samuel Champlain et qui aboutira à la fondation de Québec . Il décède en 1628 au château d'Ardennes près de Pons (Marie-Claude Bouchet, Pierre Dugua ). Plus d'informations sur www.comitedugua-royan.com.
- Fontaine Jacques III : né en 1658 à Genouillé près de Chatelard, dans la paroisse de Royan. Pasteur comme son père, il essaie, à l'époque des dragonnades, d'organiser, sans succès, la résistance à Royan. Il émigre en 1685 vers l'Angleterre. En 1715, il achète une plantation en Virginie où il décède en 1728. (Jacques Fontaine, Les mémoires d'une famille huguenote victime de la Révocation de l'Edit de Nantes).
- Rateau Auguste : né à Royan en 1863, mort à Neuilly-sur-Seine en 1930. Ingénieur, membre de l'Académie des Sciences. Inventeur d'un turbo-compresseur utilisé dans l'aviation.
Plus d'informations
- Site de la commune : www.ville-royan.fr
- Site de l'office de tourisme : www.royan-tourisme.com/FRAccueil.asp