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1900-2000. Naissance, vie, mort et résurrection.
Les carrelets à poste fixe ont donc commencé,
vers 1900, à investir les emplacements les plus faciles
à utiliser : quais, digues des ports, avancées
de rochers surplombant la mer, ainsi que les « trous »
des falaises de MESCHERS, qui offraient à la fois des
plates-formes pour les « bâtons de perroquet »
et des abris pour les pêcheurs. Très vite cette
recherche de lemplacement idéal va entraîner
la construction dinstallations plus complexes.
Ci-contre : Le carrelet
sur ponton est peut-être né à Saint-Palais,
il y a quelques 250 ans.
Dans les premières années du XX ème siècle,
certains propriétaires de carrelet, pour profiter au
mieux du meilleur moment pour la pêche, installent leurs
pêcheries à quelques dizaines de mètres
de la côte, sur des plates-formes reliées par de
frêles passerelles. Les premières pêcheries
sur estacades étaient apparues il y a un peu plus de
200 ans. « On fait au petit port de St-Palais, qui est
dans lAmirauté de Marennes, un établissement
singulier et qui mérite dêtre décrit,
écrivait Duhamel Du Monceau. Les pêcheurs de ce
petit lieu ont imaginé de faire un échafaudage
sur des rochers doù ils peuvent mettre à
la mer des chaudrettes (sortes de balances) dans lesquelles
ils prennent beaucoup de crevettes
Cette pêche ne
se fait que de haute mer et seulement depuis les mois de mars
et avril jusquà fin de juillet ». Aux falaises
de Bois Vert, à Fouras, les passerelles relient directement
les carrelets aux propriétés des pêcheurs.
Sur la Conche du Pigeonnier, trois ou quatre carrelets occupent
les rochers les plus avancés. Des poteaux, scellés
entre les rochers supportent des passerelles rustiques, permettant
de venir manuvrer le filet. « Lun deux,
perché sur un bloc isolé, le plus avancé
dans la mer, est relié à la côte par un
véritable pont-levis et par une porte garnie de chevaux
de frises » (Les Plages dOr).
Sur
la côte de lestuaire, vers 1910, on trouve à
Meschers quelques grandes passerelles à la pointe de
Diou, sous lancien corps de garde des Douanes. Avec ces
carrelets, on pouvait débuter la pêche dès
le montant et terminer le plus tard possible au descendant.
On trouvait en général un carrelet au bout de
la passerelle, constitué dun mât-support
oblique. Le long de cette passerelle on faisait pendre des balances
pour la pêche à la crevette (« trulles »
à Royan, « trulottes » à Meschers
et « trulots » à Talmont !). Le filet est
toujours une nappe carrée, soutenue par des arceaux en
bois dacacia, réunis par une « tête
de mort ». Les courants violents ayant tendance à
resserrer les arceaux, il furent alors remplacés par
un cadre métallique. Toutes ces installations coûtaient
cher et il fallait pour se livrer à ce passe-temps de
largent et du temps libre. Lentre deux guerres voit
une extension des carrelets et une démocratisation des
utilisateurs. Si on constate une période de stagnation
pendant la seconde guerre mondiale, les carrelets encore en
état retrouvent en 1945, pour faire face à la
pénurie, leur rôle de pêche de subsistance.
La pêche au carrelet apportait un complément alimentaire
fort apprécié. Survint alors une période
de fort développement de la construction des pêcheries.
Désir
de reconquête de lespace littoral, de renouer avec
lavant-guerre, de profiter de laugmentation du temps
libre, tout cela se conjugue pour favoriser la prolifération
des carrelets. Lauto construction se développe
; involontairement, lE.D.F. apporte une aide précieuse
à la construction des pontons de pêche : en remplaçant
les poteaux électriques en bois par des poteaux en béton,
E.D.F. met sur le marché, à bas prix (10-12 francs
le poteau ) le matériel pour construire des passerelles
de grande dimension. En quelques années les falaises
se peuplent destacades de plus en plus longues, notamment
à Meschers et à la pointe du Caillaud à
Talmont. Le paysage en est radicalement transformé. Et
cest cette transformation du paysage qui va amener certaines
menaces sur ces malheureux carrelets. La pêche au carrelet,
loisir individuel, se trouve confrontée à lexpansion
touristique de masse et aux loisirs collectifs et organisés.
Il fut une période où certains organismes touristiques
ont considéré que les carrelets, ouvrages utilitaires,
dénaturaient les paysages naturels. Ils suscitaient lhostilité
de certains écologistes (qui y voyaient en plus une cause
de la raréfaction du poisson !), des pêcheurs profession-nels
craignant la concurrence des amateurs, et de certains technocrates
de Bruxelles ou dailleurs.

Ci-dessus : un filet sur cadre circulaire,rare en Gironde, fréquent
en Loire.

Ci-contre :
Lespoir renaît !ça sent bon le bois neuf, le goudron et la peinture !
Les carrelets étaient devenus des mal-aimés !
En même temps, les carrelets connurent une certaine désaffection,
due à lémergence de nouvelles formes de
loisirs, et à la raréfaction du poisson. Certaines
installations furent abandonnées et se dégradèrent.
Face à cette situation, un certain nombre de voix, à
linstar de Michel Crépeau, sélevèrent
pour la défense des carrelets. On commença à
sapercevoir quils étaient devenus, petit
à petit, un élément incontournable du paysage
côtier. Et quand la tempête les eut fait disparaître,
on se rendit alors compte que cétait leur disparition
qui avait défiguré nos rivages ! Le monde du tourisme
plaide pour la reconstruction des carrelets disparus et réclame,
avec les propriétaires, des aides financières
pour la reconstitution de ce paysage. En un siècle, les
carrelets ont conquis, contre vents et marées, contre
les tempêtes et lanimosité de certains, leur
appartenance au patrimoine de notre région.
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